Antoine Marie Joseph Artauddit Antonin Artaud(1898-1948) né à Marseille, le 4 septembre 1898 mort à Ivry-sur-Seine, le 4 mars 1948 |
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"Pour le théâtre comme pour la culture,
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Quelques jours après je recevais d’Alain l’œuvre d’Artaud du tome I au tome V éditée par la N.R.F. Un signet à la page 149 du tome I attirait mon attention sur ces quelques lignes : « Cette peinture comme un monde à vif, un monde nu, plein de filaments et de lanières, où la force irritante d’un feu lacère le firmament intérieur, le déchirement de l’intelligence, où l’expansion des forces originelles, où les états qu’on ne peut pas nommer apparaissent dans leur expression la plus pure, la moins suspecte d’alliages réels. » (...) Nous parlâmes de la Correspondance avec Jacques Rivière, nous en lûmes ensemble des passages, relevant tantôt des interrogations à Artaud telle celle-là de Jacques Rivière : « Est-ce à dire que le fonctionnement normal de l’esprit doive consister dans une servile imitation du donné et que penser ne soit rien de plus que reproduire ? Je ne le crois pas ; il faut choisir ce qu’on veut "rendre" et que ce soit toujours quelque chose non seulement de défini, non seulement de connaissable, mais encore d’inconnu ; pour que l’esprit trouve toute sa puissance, il faut que le concret fasse fonction de mystérieux. » Et telle réponse d’Artaud : « Et voilà, Monsieur, tout le problème : avoir en soi la réalité inséparable et la clarté matérielle d’un sentiment, l’avoir au point qu’il ne se peut pas qu’il ne s’exprime, avoir une richesse de mots, de tournures apprises et qui pourraient entrer en danse, servir au jeu ; et qu’au moment où l’âme s’apprête à organiser sa richesse, ses découvertes, cette révélation, à cette inconsciente minute où la chose est sur le point d’émaner une volonté supérieure et méchante attaque l’âme comme un vitriol, attaque la masse mot-et-image, attaque la masse du sentiment, et me laisse, moi, pantelant comme à la porte même de la vie. » Serges Rezvani, Le Testament amoureux |
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