Antoine Marie Joseph Artaud

dit Antonin Artaud

(1898-1948)

né à Marseille, le 4 septembre 1898

mort à Ivry-sur-Seine, le 4 mars 1948

"Pour le théâtre comme pour la culture,
la question reste de nommer et de diriger des ombres : et le théâtre, qui ne fixe pas dans le langage et dans les formes, détruit par le fait les fausses ombres,
mais prépare la voie à une autre naissance d'ombres

autour desquelles s'agrège le vrai spectacle de la vie."

 

 

 

 

 

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         Là ou ça sent la merde
         ça sent l’être.
         L’homme aurait très bien pu ne pas chier,
         ne pas ouvrir la poche anale,
         mais il a choisi de chier
         comme il aurait choisi de vivre
         au lieu de consentir à vivre mort.

         C’est que pour ne pas faire caca,
         il lui aurait fallu consentir
         à ne pas être,
         mais il n’a pas pu se résoudre à perdre
         l’être,
         c’est-à-dire à mourir vivant.

         Il y a dans l’être
         quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme
         et ce quelque chose est justement
         LE CACA.
         (Ici rugissements.)


Antonin Artaud reconnaît en Sénèque, un poète du Théâtre de la Cruauté : "Le plus grand auteur tragique de l'histoire, un initié aux secrets qui mieux qu'Eschyle a su les faire passer dans les mots. Je pleure en lisant son théâtre d'inspiré."

Quelques jours après je recevais d’Alain l’œuvre d’Artaud du tome I au tome V éditée par la N.R.F. Un signet à la page 149 du tome I attirait mon attention sur ces quelques lignes : « Cette peinture comme un monde à vif, un monde nu, plein de filaments et de lanières, où la force irritante d’un feu lacère le firmament intérieur, le déchirement de l’intelligence, où l’expansion des forces originelles, où les états qu’on ne peut pas nommer apparaissent dans leur expression la plus pure, la moins suspecte d’alliages réels. » (...) Nous parlâmes de la Correspondance avec Jacques Rivière, nous en lûmes ensemble des passages, relevant tantôt des interrogations à Artaud telle celle-là de Jacques Rivière : « Est-ce à dire que le fonctionnement normal de l’esprit doive consister dans une servile imitation du donné et que penser ne soit rien de plus que reproduire ? Je ne le crois pas ; il faut choisir ce qu’on veut "rendre" et que ce soit toujours quelque chose non seulement de défini, non seulement de connaissable, mais encore d’inconnu ; pour que l’esprit trouve toute sa puissance, il faut que le concret fasse fonction de mystérieux. » Et telle réponse d’Artaud : « Et voilà, Monsieur, tout le problème : avoir en soi la réalité inséparable et la clarté matérielle d’un sentiment, l’avoir au point qu’il ne se peut pas qu’il ne s’exprime, avoir une richesse de mots, de tournures apprises et qui pourraient entrer en danse, servir au jeu ; et qu’au moment où l’âme s’apprête à organiser sa richesse, ses découvertes, cette révélation, à cette inconsciente minute où la chose est sur le point d’émaner une volonté supérieure et méchante attaque l’âme comme un vitriol, attaque la masse mot-et-image, attaque la masse du sentiment, et me laisse, moi, pantelant comme à la porte même de la vie. »

Serges Rezvani, Le Testament amoureux

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